Etat effondré, Etat criminel, Etat fragile, Etat fantôme, Etat irrationnel, Etat défaillant, Etat qui n’existe plus, …, nombreux sont les épithètes négatives qu’on affuble au concept de l’Etat en Centrafrique relativement aux faits ou évènements qui le caractérisent. A l’évidence, l’Etat centrafricain s’est fourvoyé des voies républicaines. Alors, qu’est-ce que la République ?
La République est un idéal qui brille par son absence au point que les institutions ne peuvent suffire à elles seules à garantir sa présence. Elle est selon les termes de Kant « un principe régulateur ». Mais, disons avec Comte- Sponville qu’elle est une norme ou une valeur, autrement dit quelque chose qui n’existe pas (en tout cas pas à la façon des choses), ou qui n’existe que pour autant qu’on se batte pour elle, qu’on soit déterminé à la défendre, à la faire vivre et revivre. La République s’exprime par la démocratie ou les pratiques démocratiques. Ne pouvant pas se réduire à la démocratie dont elle est le maximum souhaitable, la République est la lumière alors que la démocratie est ses étincelles ; en d’autres termes, on peut s’approcher de l’idéal qui est la république à travers des pratiques démocratiques. Or, par une définition à contrario, la démocratie n’est pas un système de gestion de la cité par ou avec les groupes armés, elle n’est pas une participation politique par la violence physique ou par les armes de destruction des biens et des vies humaines.
Se situant dans le contexte centrafricain, le terme République reste encore formel et dépourvu de sens à l’absence d’une référence factuelle. La république suppose la mise en branle d’un Etat de droit capable de lutter contre l’impunité à travers une furie judicaire contre tous les instigateurs du climat d’insécurité, les apprenti-terroristes et les fossoyeurs des droits fondamentaux. Or, à dire vrai, il existe encore des villes ou villages en Centrafrique où la population continue de se plaindre de la fragilité de la sécurité en dépit de la déclaration du cessez-le-feu faite par le président de la République. Malgré la présence des forces internationales dans certaines villes, le peuple centrafricain continue d’être affecté par la brutalité ou la violence des hommes armés. Certains citoyens continuent avec le soutien des pays étrangers de constituer un défi permanent pour l’Etat en mettant régulièrement à mal les valeurs républicaines de la Liberté, de l’égalité, de l’éducation, de la propriété privée, de l’unité, de la participation citoyenne à l’action publique…
A l’observation de ces tristes réalités, avec un pessimisme rationnel, on pourrait affirmer que la République est dépeinte d’une manière sombre en Centrafrique ; ou encore, elle bénéficie juste d’une reconnaissance formelle au niveau international. Mais, avec l’optimisme de la volonté, l’on peut voir dans la célébration de la fête de la proclamation de la République et le dialogue républicain des rendez-vous importants où le peuple centrafricain peut réfléchir sur une possible bifurcation en faveur d’une République de référence dans la réalité. Pour y parvenir, nul besoin de penser à une réinvention des nouvelles valeurs. Les valeurs sur lesquelles a été fondée la RCA, n’ont pas de problème. Il est juste question de revoir notre fidélité aux valeurs républicaines existantes. L’évolution régressive de la RCA vers le chaos est le résultat de l’infidélité du peuple centrafricain et ses dirigeants aux valeurs républicaines.
De ce fait, l’une des conditions de possibilité de l’impulsion d’une bifurcation historique est de placer la dimension réflexive et méditative au-dessus de la dimension festive de ces deux rendez-vous importants pour la RCA. Une prise de conscience sérieuse ne peut véritablement et uniquement résulter des activités festives, folkloriques, ludiques voire religieuses qui vont ponctuer ces grands moments. Ainsi, avoir la volonté et le courage de reconnaitre notre infidélité aux valeurs républicaines après des séances de réflexion et de débat sérieusement organisées et menées , serait l’une des meilleures voies de rompre avec la tradition des conflits armés en Centrafrique.
Brice Tonny
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